La prolongation du conflit saharien devient insupportable pour tous les pays de la région, relève l’ancien ministre délégué au Trésor algérien, Ali Benouari, estimant que le règlement durable de cette question pourrait s’appuyer sur l’octroi d’une large autonomie à la population sahraouie.

«Sahara occidental: le temps est venu pour les peuples d’Afrique du Nord de dire à leurs dirigeants «ça suffit!». C’est sous ce titre que l’ancien ministre délégué au Trésor algérien, Ali Benouari, a signé une tribune sur le site CNP News, où il explique comment «la prolongation de ce conflit qui oppose les deux plus grands voisins du Maghreb, l’Algérie et le Maroc», devient «un fardeau insupportable pour tous les pays de la région».

«Quoi que l’on puisse en penser, il faut admettre que le gel de la construction maghrébine et les relations exécrables entre les deux pays, ont pour origine la question du Sahara occidental», indique Ali Benouari, qui s’est présenté contre Abdelaziz Bouteflika à la présidentielle de 2014.

Sur le plan bilatéral, «le Maroc et l’Algérie seraient deux fois plus riches aujourd’hui s’ils avaient entretenu des relations normales», estime l’analyste, relevant que la crise du Sahara «a conduit les deux pays à se lancer dans une course aussi effrénée qu’absurde aux armements» et «amoindri les ressources que les deux voisins consacrent à leur développement».

Une situation de ni paix ni guerre dont l’effet va au-delà du cadre bilatéral, pour affecter tous les pays du voisinage. «Le statu quo actuel ne peut plus durer, car il freine non seulement le développement des deux principaux protagonistes dans cette affaire, mais aussi le processus d’intégration maghrébin et le développement de l’ensemble de la région. Le faible niveau des échanges intramaghrébins (moins de 2%) illustre cette profonde anomalie, unique dans le monde entre pays voisins. Une anomalie qui coûte 1 à 2% de croissance par an à chaque pays», relève l’ancien ministre au Trésor.

Et ce n’est pas tout! «La non-résolution de cette crise freine aussi le développement des relations entre le nord et le sud de la Méditerranée, tant il est admis que la réussite de l’intégration des économies des deux rives (l’intégration verticale) passe par leur intégration horizontale. L’Europe a accompli la sienne et parle d’une seule voix avec ses partenaires du Sud qui eux parlent de façon désunie. Une asymétrie qui appauvrit davantage ces derniers», déplore Ali Benouari.

La prolongation du statu quo fait planer de lourdes menaces sur la paix dans la région

«La région, relativement épargnée par les soubresauts du Printemps arabe m’en demeure pas moins une véritable poudrière. Au déficit de développement s’ajoute le déficit démocratique sur fond de menaces terroristes», observe M. Benouari, fondateur du parti Nida El Watan.

«Le terrorisme se nourrissant, comme on le sait, autant de la misère que du manque de liberté et d’absence totale de perspectives pour les populations musulmanes, dans leur propre pays. On ne peut pas, on ne peut plus continuer à compter sur l’ONU pour trouver une issue à un conflit larvé qui ne figure pas à l’agenda des grandes puissances. Il ne le sera que s’il dégénère en conflit ouvert, ce qui n’est souhaitable pour personne», estime-t-il

Pistes en vue du règlement du différend algéro-marocain

«La réouverture des frontières, sans conditions, est à cet égard un impératif. Une fois la confiance rétablie, les deux pays pourront aborder la question du règlement du conflit sahraoui», indique M. Benouari. «Tout plan de règlement doit tenir compte de la dimension maghrébine du problème. Il devra donc être conçu dans ce cadre et devra être soumis aux Sahraouis ainsi qu’aux pays de l’UMA, qui devront l’avaliser», plaide-t-il, en apportant cette précision nécessaire: «Il faut considérer que l’intérêt légitime des populations sahraouies ne saurait prévaloir sur l’intérêt des pays et des peuples de l’UMA».

C’est ainsi que M. Benouari voit la solution à ce «conflit qui a pris les apparences, dès le départ, d’un conflit bilatéral, qu’on a voulu régler au niveau international, au niveau de l’ONU, comme s’il s’agissait d’un simple problème de décolonisation». «Depuis 40 ans que cela dure, on sait que l’ONU n’a pas été capable de le régler, laissant le champ libre au coûteux lobbying et à un surarmement qui ne profite qu’aux marchands d’armes. Dès le départ, on savait pourtant les limites de l’arbitrage international. Rappelons-nous l’arbitrage de la Cour internationale de La Haye, qui avait rendu deux arrêts qui renvoyaient dos à dos le Maroc et Algérie. Une espèce de jugement de Salomon", certifie M.Benouari.

L’importance de trouver un Accord dans le cadre de l’UMA se nourrit en effet de la nécessité où se trouvent ses membres d’aller vers la création d’un ensemble nord-africain, seule issue pour rattraper leur retard, et satisfaire le désir d’union de leurs populations. A quoi on pourrait ajouter leur volonté d’arrimer leur avenir à celui de la rive nord de la Méditerranée. Volonté largement partagée d’ailleurs par les pays de l’Union européenne et consacrée par les Accords de Barcelone de novembre 1975 et la création de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Les pays européens pourront, à ce titre, être sollicités pour appuyer la démarche.

Sahara: pour une autonomie élargie

Le règlement durable de la question sahraouie, selon M. Benouari, pourrait s’appuyer sur les quelques idées maîtresses suivantes. Primo, «l’octroi d’une très large autonome à la population sahraouie, avec un statut spécial qui en ferait un des fondateurs de la nouvelle UMA. A titre symbolique celle-ci pourrait s’intituler Union des peuples nord-africains (UPNA)».

Deuxio, «cette UMA rénovée garantira l’autonomie effective des Sahraouis et s’engagera à financer le retour des réfugiés sahraouis et le développement de la province».

Tertio, «l’engagement simultané de tous les États membres de déléguer les pouvoirs les plus larges à un Parlement maghrébin bicaméraliste. Une chambre serait composée de représentants des peuples maghrébins et une seconde chambre qui attribuerait un siège à chaque État et un siège à la province sahraouie».

«Le nationalisme étriqué, ainsi que les tensions de nature régionaliste céderont ainsi la place, progressivement, à une ambition plus large. Celle de faire de l’Union un des «major players» de la planète, en mesure de concurrencer les autres grands ensembles régionaux. La libre circulation des populations et un passeport commun pourront, dans cet esprit, être rapidement adoptés. Aux côtés d’une monnaie commune, ils seront les symboles qui aideront à cimenter l’Union et à rapprocher, dans un délai relativement court, les peuples du Maghreb», exhorte l’ancien ministre.

Un rêve qui a toujours été appelé des vœux de tous les peuples du Maghreb mais qui continue d'être compromis particulièrement par une oligarchie algérienne restée prisonnière de l'esprit de la pourtant défunte guerre froide.