L'auteur de "la Signature humaine" avait 77 ans.

 

David Caviglioli

 

Dans la vie intellectuelle française, Tzvetan Todorov, mort dans la nuit du 6 au 7 février à l’âge de 77 ans, a occupé une place singulière. On n’a jamais pu le rattacher à un camp. Il ne figure pas dans le panthéon de la French Theory. Très anti-communiste, notamment à cause de son parcours personnel, il a fait partie du moment antitotalitaire, sans devenir un «nouveau philosophe».

Pourtant, il n’était pas non plus de ces penseurs qui se retranchent dans leur spécialité universitaire. Il venait de la critique littéraire. Dans les années 1960 et 1970, il a traduit les formalistes russes et profondément renouvelé l’analyse du récit, en empruntant à la sémiotique, à la science des signes et de la signification. Cofondateur de la revue «Poétique» avec Gérard Genette, il était aussi l’auteur d’une célèbre «Introduction à la littérature fantastique», une théorie du genre littéraire qui fait toujours autorité, avec sa fameuse tripartition du surnaturel entre fantastique, merveilleux et étrange.

Cet intérêt pour les formes d'écriture n'aura eu qu'un temps chez l'auteur de «Théories du symbole» (1977) ou des «Genres du discours» (1978). A partir des années 1980, Todorov tourne le dos au linguistic turn pour s'intéresser aux questions de fond.

En 1984, «Critique de la critique» sonne comme un adieu à sa jeunesse structuraliste; c'est le moment où il se lance résolument dans l'histoire des idées. Celle des Lumières le retient tout particulièrement: à travers Rousseau, Voltaire et Diderot, mais aussi leurs ancêtres comme Montaigne ou l'obscur baron de Lahontan, et jusqu'à Segalen et Lévi-Strauss, il examine notamment l'émergence de la figure du bon sauvage, ce moment fondateur de l'humanisme occidental, dans un dialogue complexe entre «Nous et les autres» (1989).